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Histoire du Mexique

Histoire du Mexique

Prêts pour un condensé sur la passionnante Histoire du Mexique ? Pour bien la déchiffrer, il faut voir le Mexique comme une mosaïque de nations et non pas comme le pays que nous connaissons aujourd’hui. En réalité les frontières actuelles du Mexique ne sont qu’un tracé qui correspond à de l’histoire moderne. Notamment avec les États-Unis par la guerre opposant les descendants des espagnols aux descendants des anglais. Ces frontières n’ont rien à voir avec l’histoire précolombienne. Les indiens du nord par exemple ont vu en 1846 une frontière séparer leur territoire (Mexique / Nouveau Mexique, ou encore Basse Californie / Californie). D’ailleurs, le nom officiel du Mexique est « États-Unis Mexicains ». Troublant non ! Idem au sud, la moitié de l’ancien empire maya se trouve dans l’actuel Guatemala. Dans ce cadre, la comparaison historique du Mexique serait plus judicieuse avec celle de l’Europe et sa colonisation par les romains qu’avec par exemple la seule histoire de France. En effet, en termes de territoires et populations, il serait plus comparable de rapprocher les Olmèques, Aztèques, mayas et autres Zapotèques aux Celtes, Saxons, Slaves, Germains et Francs. Dans cette section nous verrons les civilisations Mexicaines les plus emblématiques dont les premiers signes datent aujourd’hui de plus de 4000 ans.

Sommaire:

I) Cultures préhispaniques

Olmèques

1500-500 Av JC. La grande civilisation Olmèque est née dans les actuels états de Tabasco et Veracruz. C’est la première civilisation mexicaine reconnue. Cette région chaude, humide et couverte de forêt a représenté le berceau idéal au développement de l’être humain au Mexique. Cette civilisation s’est caractérisée par une élite dirigeante sans doute basée sur la famille qui aurait fait main basse sur les terres les plus fertiles. La civilisation Olmèque a perduré pendant 1500 ans jusqu’en 500 Av JC.

Ce sont les Olmèques qui ont vu émerger la première religion polythéiste. Leurs divinités se sont révélées être en relation avec l’agriculture (le soleil, l’eau, la végétation et les volcans) ou certains animaux notamment le jaguar. Les Olmèques se sont caractérisés pour avoir édifié leur ville sur d’énormes terrasses d’argile, et pour avoir sculpté les fameuses têtes Olmèques. Ils sont également les premiers dans cette zone à avoir utilisé l’écriture.

Mixtèques

1500 Av. JC – 1521 Ap. JC. Mixtèque veut dire « population de la pluie ». Ce peuple a perduré selon ses traditions pendant plus de 3000 ans. En son temps, la culture Mixtèque a côtoyé les Olmèques au nord, et les zapotèques à l’est. Leur territoire se situe à cheval sur trois états : le sud de Puebla, l’est de Oaxaca et l’ouest de Guerrero. A l’inverse des zapotèques qui eux affectionnaient les grands centres urbains, les Mixtèques basèrent leur croissance sur un grand réseau de petits villages agricoles situés sur les terres les plus fertiles.

Peu à peu ces villages devinrent de petites villes contrôlant de petites provinces. Chacune de ces entités était gouvernée par un royaume indépendant. On en a dénombré environ 25. Après de longs siècles de conflits internes et de jeux de pouvoir, deux principales alliances d’une douzaine de royaumes ont émergées.

Celle de Tututepec et celle de Tilantongo. Ce n’est que dans les années 1000, après plus de 2500 ans de conflits que le « Seigneur Huit Cerfs Griffes de Jaguar » a réussi l’unification scellant à jamais l’unité du Monde Mixtèque. Ayant subi les pressions Toltèques au nord et perdu un peu de territoire, les Mixtèques entreprirent de récupérer à l’est quelques terres Zapotèques. Ils sont finalement parvenus à prendre la grande capitale Zapotèque : Monte Alban.

Zapotèques

1500 Av. JC – 1521 Ap. JC. Les Zapotèques « population des nuages » furent la civilisation voisine et cousine des Mixtèques. A l’égale de leurs voisins, les Zapotèques pratiquaient les sacrifices de leurs ennemis. Situés sur la même échelle temporelle de plus de 3000 ans, les Zapotèques se sont démarqués culturellement des Mixtèques en développant de grands centres urbains. Monte Alban, leur plus belle citée est située aujourd’hui près de la ville de Oaxaca. Elle a vu le jour vers l’an 1400 avant Jésus Christ. C’est d’ailleurs grâce à elle que les Zapotèques domineront pendant des siècles l’isthme de Tehuantepec, territoire allant des côtes pacifiques de Oaxaca aux côtes du Golfe du Mexique de Veracruz.

La capitale Zapotèque a vu le jour vers l’an 1400 avant Jésus Christ. C’est d’ailleurs grâce à elle que les Zapotèques domineront pendant des siècles l’isthme de Tehuantepec, territoire allant des côtes pacifiques de Oaxaca aux côtes du Golfe du Mexique de Veracruz. L’apogée de Monte Alban s’est faite en parallèle de l’apogée de Teotihuacan. C’est dans les années 100-600 ap. JC que les deux capitales ont connu leurs plus beaux jours : temples, palais, jeux de paume et pyramides dont on peut toujours aujourd’hui admirer les vestiges. Les Zapotèques (avec les mayas) sont les premiers au Mexique à avoir créé un système complexe d’écriture hiéroglyphique. L’organisation Zapotèque était une société lignagère.

Les nobles recevaient leur pouvoir par le sang, et l’asseyaient sur le peuple via des croyances, des grands prêtres et des guerriers. Les Mixtèques notamment par la prise de la capitale Zapotèque Monte Alban les affaiblirent et les forcèrent à se retrancher plus à l’est. Malgré cette semi-soumission, les Zapotèques ont su perdurer jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Chichimèques

1000 Av. JC – 1800 Ap. JC. Constitués par 6 principales nations, les Chichimèques se sont développés sur les hauts plateaux du centre-nord du pays pendant presque 3000 ans. On retrouve des traces de la naissance de cette civilisation sous le tropique du Cancer dans les actuels états de Zacatecas, Guanajuato, Coahuila, San Luis Potosi, Jalisco et Durango. Par la suite, ils se sont développés jusqu’aux États-Unis. Leurs milices utilisaient principalement des arcs et des flèches qu’ils maniaient avec beaucoup d’habileté. Ils maîtrisaient également déjà l’agriculture mais ne disposaient que de peu de points d’eau.

La majorité d’entre eux étaient chasseur-cueilleurs car ils se déplaçaient dans des régions semis-sèches et désertiques. Principalement constituée de peuples nomades alliés, cette entente n’a pas vraiment atteint un haut degré de civilisation. A l’arrivée de Cortès, les espagnols ont nommé Chichimèques tous les peuples situés au nord de l’empire aztèque (Ville de Mexico). Les pyramides Chichimèques les plus emblématiques sont celle de La Quemada situées au nord de l’actuelle Zacatecas.

Mayas

1500 Av. JC – 1000 Ap. JC. La civilisation Maya est née en parallèle de la civilisation Olmèque. Elle en partage beaucoup de points communs. Elle s’étend plus au sud, couvrant toute la péninsule du Yucatan jusqu’à l’actuel Guatemala. Les Mayas ont excellé dans leur capacité d’organisation en créant des cités. Un peu comme en Grèce antique. Chaque cité avait sa propre culture, ses spécialités, sa religion et sa propre armée. La « Civilisation Maya » correspond en fait d’une pléiade d’État-nations sur une base culturelle commune qui se s’est développée par le commerce.

C’est la raison pour laquelle par exemple il existe aujourd’hui plus de 30 langues Mayas totalement différentes. Les Mayas se sont caractérisés par d’impressionnantes connaissances scientifiques notamment dans les domaines des mathématiques et de l’astronomie. Comme les arabes, les Mayas connaissaient le 0, et écrivaient en hiéroglyphes comme les Égyptiens. Les vestiges de leurs pyramides se sont fait recouvrir par la jungle et n’ont été découverts qu’assez récemment au XIXème et XXème siècles.

Téotihuacans

200 Av. JC – 750 Ap. JC. La civilisation de la ville de Teotihuacan a vue le jour lorsque certains groupes Olmèques issus des côtes du Golfe du Mexique se sont aventurés dans les terres volcaniques du centre. Le mélange culturel issu des habitants déjà présents a créé la culture des Teotihuacanos. Cette civilisation a perduré presque 1000 ans et a laissé près de l’actuelle ville de Mexico la plus importante structure archéologique jamais conçue sur continent américain. En l’an 600, la ville comptait plus de 200 000 habitants.

C’est comparable à la ville de Babylone en Irak à la même période. C’est complètement démesuré pour l’époque : une rue de 4 km de long, une place principale de 400 m de large, et une pyramide de 250 m sur 250… Et ce qui est absolument inédit dans cette civilisation c’est qu’elle était déjà pluriethnique et pluriculturelle. En effets, les archéologues ont pu démontrer que Teotihuacan regroupait des quartiers distincts pour les Zapotèques, les Mixtèques et les Mayas. Cette ville a eu une influence économique, religieuse, architecturale, et artistique sur absolument toute la zone Méso-Américaine. Pour la petite histoire, son déclin s’est amorcé en l’an 700. Nous n’en connaissons pas vraiment la raison, mais nous savons que l’armée coloniale d’Hernan Cortès est passée sur le site recouvert de plantes sans le remarquer. Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que surgirent les premières spéculations sur le fait que « ces collines » puissent en réalité avoir été des structures créées par l’Homme.

Toltèques

500-1200 Ap. JC. Les Toltèques sont un peuple descendant des anciens nomades des haut plateaux (les Chichimèques). Les premiers signes de la culture toltèque datent de l’an 500, et leur apogée de se situe entre 900 et 1200. Leur langue est le Nahuatl, c’est d’ailleurs aujourd’hui la langue indigène la plus utilisée au Mexique avec plus d’un million de parlants. Leur capitale fut Tollan-Xicocotitlan, renommée à l’arrivée des espagnols Tula de Allende. Il est encore possible aujourd’hui d’y admirer les fabuleuses statues des Atlantes.

Les Toltèques sont connus pour avoir développé l’agriculture extensive cultivant d’énormes parcelles de terres alimentées par un complexe réseau de canaux. La civilisation s’est rapidement développée et a influencé ses voisins. Au sud de leur capitale et par la force, les Toltèques ont gagné du terrain sur les Mixtèques. Certains scientifiques affirment que les Toltèques ont militairement dominé les Mayas. La version officielle n’admet que des influences restées d’ordre architecturales et politico-religieuses. Bien qu’assez agressive et très expansive, la civilisation Toltèque n’est jamais parvenue à éteindre l’un de ses voisins.

Totonaques

800-1521 Ap. JC. Les Totonaques se sont développés dans les actuels États de Veracruz et Puebla vers l’an 800. Leur territoire est à fois très restreint et très varié. Il admet des régions côtières, selvatiques, montagneuses et volcaniques. Les Totonaques se sont donc habitués à plusieurs climats et connaissent parfaitement la région entre les côtes de Veracruz et l’actuelle capitale mexicaine. Leur principale cité est splendide et peut encore se visiter, elle s’appelle Tajin. Les Totonaques sont aussi la culture dont sont issus les fameux « voladores de papantla ».

En guerre permanente contre l’empire Aztèque, ce sont les premiers à avoir vu débarquer les espagnols en 1521. Après un bref combat, les Totonaques ont rallié 1300 guerriers à l’armé d’Hernan Cortes pour marcher sur Tenochtitlan. Comme pour les aztèques, c’est aussi l’année de la fin de leur civilisation.

Aztèques

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1300-1521 Ap. JC. La civilisation Aztèque (ou Mexicas) est la plus connue car c’est celle qui contrôlait la zone à l’arrivée des Espagnols. C’est aussi la plus récente du Mexique et celle qui a donné son nom à la capitale et au pays que nous connaissons aujourd’hui. C’est d’ailleurs de son histoire hors du commun qu’a été inspiré le drapeau actuel mexicain. La société Aztèque fut créée par un petit groupe de descendants des Toltèques eux même descendants des nomades Chichimèques. En « errance » suite au déclin de l’empire Toltèque, ce petit groupe nomades enclin aux impôts de leur puissants voisins, est rejeté d’un peu partout à cause de leurs violentes habitudes.

Un jour, leur dieu soleil Huitzilopochtli leur ordonna de bâtir un royaume sur des terres nouvelles. En consigne, il leur dicta d’aller vers les contrées de l’est et de construire une cité à l’endroit exact où ils verraient un aigle perché sur un cactus en train de manger un serpent (drapeau mexicain). Les Aztèques marchèrent pendant 165 ans en attendant que cette prophétie se réalise. Pendant ce temps, un conflit interne éclata opposant les « fidèles » de la prophétie contre les « rebelles » qui voulaient choisir eux même l’emplacement de leur ville. Les fidèles, victorieux décidèrent de se renommer « Mexicas » et de continuer à attendre leur prophétie.

En réalité et par simplicité les historiens continueront d’utiliser le terme générique des « aztèques ». Restreints à occuper une zone marécageuse peu hospitalière sur le bord du grand lac de Texcoco, c’est le 26 juillet de 1325 que les Mexicas virent se réaliser leur prophétie. Où ? Sur un îlot de quelques mètres de diamètre en plein milieu du lac de Texcoco… Un lac de près de 60 kilomètres de long par 30 de large. L’endroit était hostile et la région très marécageuse mais consigne divine étant, les Aztèques fondèrent ce qui allait devenir la Grande Tenochtitlan, l’incroyable capitale de leur immense empire. Leur capacité à s’adapter à des environnements difficiles en trouvant des solutions innovantes fut le secret de leur fulgurante ascension. Ils furent obligés de construire leurs habitations sur des radeaux. Leurs champs également. Nous noterons au passage que c’est ainsi que les Aztèques inventèrent la culture hydroponique leur conférant jusqu’à 4 récoltes par an : du jamais vu ! Ayant trouvé le secret pour ne jamais manquer de nourriture, leur croissance démographique est époustouflante.

Pour construire leurs pyramides et soutenir leurs poids colossaux, les Aztèques enfoncèrent dans le sol d’imposants troncs d’arbre les uns à côté des autres. Immergés dans toute leur longueur, ces troncs formaient d’immenses terrasses solidement fixées sur les fonds rocailleux du lac. Les Aztèque ont su créer à Tenochtitlan un équilibre écologique et hydraulique obligatoire à leur croissance démographique exceptionnelle. La ville était protégée des inondations par un système de digues et de trop-pleins la séparant du reste du lac. Les racines de leurs champs flottants abritaient et développaient la faune aquatique dont ils se nourrissaient.

La ville était énorme pour l’époque. Elle mesurait trois kilomètres sur trois et était accessible par quatre interminables chaussées faites de pierres, et d’un ciment à base de calcaire et d’argile. Ces chaussées reposaient sur ces mêmes fondations de bois. C’est avec des techniques similaires que les Aztèques avaient construit des aqueducs de cinq mètres de large sur plusieurs kilomètres de long qui acheminaient l’eau potable des volcans environnants à travers deux canaux distincts. Ils pouvaient les nettoyer indépendamment sans couper l’arrivée d’eau. L’eau était disponible dans les fontaines de la ville, dans les pièces du palais, et dans les maisons des nobles. Cette eau une fois arrivée était répartie dans toutes les directions via un complexe réseau de canaux.

C’est par d’autres canaux que les Aztèques évacuaient leurs excréments et eaux usées. Après l’hydroponie, les Aztèques avaient aussi inventé l’eau courante ! Les maladies étaient très peu présentes à Tenochtitlan car la population se lavait quotidiennement et la nourriture était toujours fraîche. De plus, l’équipe chargée de la propreté de la ville était composée par plus de 1000 personnes. Aucune famine ni épidémie n’a été recensée avant l’arrivée des Espagnols.

Traduction des récits des colons aux abords de la Grande Tenochtitlan

« Je ne serai pas en mesure de vous décrire avec des mots ce qui m’a été donné de voir là-bas. Je vais tout de même essayer de vous le relater mais je reste bien conscient que ce récit provoquera tant d’admiration qu’il ne pourra vous être crédible. Même nous sur place qui avons vu toutes ces choses de nos propres yeux ne sommes pas encore raisonnablement à même de les comprendre ». Introduction de la Lettre d’Hernan Cortez au roi d’Espagne Charles-Quint.

« Nous observions un panorama si admirable que nous ne sachions quoi dire. Nous nous demandions si ce qui s’étendait devant nous était bien réel comme ça paraissait être le cas. Une partie de la terre était couverte par des grandes citées. Sur les bords de la lagune il y en avait d’autres encore. Partout fourmillaient les canoés. La grande chaussée s’avançait sur un pont suspendu, large de huit chevaux, et devant sur le lac s’élevait la grande ville de Mexico ». Bernal Diaz del Castillo, compagnon de Cortes.

« Nous restions admiratifs de ce qui nous paraissaient être enchanté comme dans le livre d’Amadis. Ces grandes tours et bâtiments      s´élevants depuis l’intérieur de l’eau. Certains de nos soldats nous demandaient si ce qu’ils voyaient était un rêve ou une merveille. Je n’exagère aucunement le trait en m’exprimant de cette manière ». Bernal Diaz del Castillo, compagnon de Cortes.

« Une fois rentrés dans la ville, nous furent en mesure d’admirer les premiers palais qui se présentaient à nous et la qualité de leur élaboration. Ils étaient couverts des plus beaux ornements de pierre, de cèdre et autres bois parfumés. Leurs cours intérieures et leurs grandes salles tapissées de fresques en coton. La ville de Tenochtitlan est plus grande que Séville et Cordoba réunies, on aurait pu faire rentrer deux Salamanca sur sa place principale. Les pyramides du Templo Mayor sont plus massives que la Giralda. Et que dire de ce marché, où l’on trouve plus de 60 000 âmes achetant et vendant » Bernal Diaz del Castillo, compagnon de Cortes.

« Les jardins et vergers étaient admirables. Je ne me lassais pas de regarder la diversité des arbres et de sentir chaque odeur. Il y avait d’innombrables canaux dont les bordures étaient ornées de fleurs de toute sorte, de roses et de fruits. Des canoés pouvaient pénétrer dans les vergers par la lagune sans devoir toucher terre. Je me demandais à nouveau s’il existait dans ce monde d’autres terres découvertes semblables. Je peux vous l’affirmer aujourd’hui, nous étions en train de voir des choses jamais vues ni même jamais rêvées ». Bernal Diaz del Castillo, compagnon de Cortes.

II) Époque Coloniale

Conquête

Comment 900 conquistadores Espagnols ont pu vaincre l’empire Aztèque et son armée de plusieurs centaines de milliers de guerriers ? Comment ces mêmes 900 hommes, 100 mousquets, et 13 canons ont-ils réussi le prodige de prendre une ville fortifiée aux milieux d’un lac dans laquelle vivaient près de 200 000 personnes ? Passion Mexique vous emmène dans un voyage à travers le temps pour vous faire découvrir l’invraisemblable histoire de la conquête espagnole. Suivez-nous !

La conquête du Mexique fait référence à la période qui débute par les premières explorations espagnoles et qui s’étend jusqu’à la prise de la capitale aztèque : Mexico-Tenochtitlan. La taille et la puissance de l’empire aztèque nous ferait penser que cette période eu été très longue. En réalité elle n’a duré que quatre ans. Lors d’une première expédition partant de Cuba, Fernando Cortés de Monroy Pizarro Altamirano, dit Hernán Cortés découvre l’île de Cozumel dans le Yucatan. C’est son premier contact avec le Mexique. Ce n’est que deux ans plus tard en 1519 qu’il choisit les côtes de Veracruz pour fonder la première ville de Mésoamérique : Villa Rica de Veracruz. Vous l’aurez compris, cette ville se nomme aujourd’hui Veracruz. Elle possède toujours le port le plus emblématique du pays. Après de brefs combats contre les Totonaques alors habitants la zone, il lui fut offert 20 femmes en tribu. L’une d’elle, surnommée « la Malinche » devint plus tard son interprète, conseillère, sa compagne et la mère de ses enfants. Son rôle fut fondamental dans l’histoire du Mexique. Il commença lorsqu’elle lui indiquât la présence d’un peuple plus à l’ouest qui selon ses dires regorgeait de richesses : la civilisation aztèque.

Ce sont en effet les Aztèques à l’époque qui contrôlaient la plus grande zone. Il en possédait naturellement les plus importantes richesses. Une communication ne tarda pas à s’établir entre Cortes et leur roi Moctezuma. Ce dernier envoya à plusieurs reprises des émissaires chargés de grandes richesses visant à dissuader les Espagnols dans leurs prétentions de conquête militaire. Diego Velazquez de Cuellar alors gouverneur de Cuba opta pour charger ces fabuleux présents dans ses navires et rentrer chez lui avec toutes les forces armées. Malheureusement, ces cadeaux ne firent que motiver davantage les conquistadores. Aveuglés par tant de richesses, ils s’opposèrent à leur gouverneur. C’est ainsi qu’Hernan Cortez s’émancipa de Cuba. Au nom du roi Charles Quint d’Espagne, à la tête d’une armée de près de 600 conquistadores et 1300 guerriers Totonaques, Hernan Cortès débuta sa marche vers Tenochtitlan.

La grande Tenochtitlan Aztèque considérée comme le joyau de Mésoamérique paraissait à l’époque absolument imprenable. Essayons d’imaginer une capitale construite sur un lac de 60 km de long sur 30km de large.

Une véritable forteresse naturelle au milieu d’un empire de la taille de l’Italie et protégée par plus de 7 millions de sujets. Cela ne parvint pas à décourager Hernan Cortes qui se fixa même l’objectif d’offrir cette ville fonctionnelle ainsi toutes ses richesses à son roi.Il ne pouvait donc pas la détruire. Cortés et ses troupes totonaques se mirent en marche vers le coeur de l’empire aztèque. Son chemin l’emmena dans les actuels états de Veracruz, Puebla, Tlaxcala et Mexico. À quelques 50 kilomètres de la ville, il passa sur les ruines de l’ancienne cité de Téotihuacan sans même s’en apercevoir. Ils étaient loin d’imaginer que ces collines environnantes recouvertes de verdures étaient en fait les anciennes pyramides de la plus grande ville de toute l’histoire de l’Amérique antique.

Il est important de replacer la puissance aztèque dans son contexte de l’époque. En réalité, quand nous parlons des « Aztèques », nous devrions parler de « la Triple Alliance Aztèque ». Cette Triple Alliance est constituée de trois cités sœurs : Tlacopan, Texcoco et Tenochtitlan. Situées dans un périmètre très restreint, les deux premières se trouvent sur les bords du lac de Texcoco tandis que Tenochtitlan s’y trouve dessus. A peine quelques kilomètres les séparent. Dans les années 1500, la culture Aztèque est toujours ultra violente. La mort y est omniprésente. C’est donc dans la terreur que la Triple Alliance Aztèque depuis des décennies met un à un ses voisins à genoux. En 1519, les Aztèques règnent sans partage sur un territoire de plus de 300 000 kilomètres carrés. Ils prélevaient des impôts dans toutes les cités et leurs campagnes. La plupart des villes assujetties aux Aztèques ne leur étaient pas d’une loyauté exemplaire, toutes payaient leurs tribus sous peine d’être anéanties. Cortés, grâce à la Malinche, comprit très vite que cette situation pouvait lui servir et entreprit un modèle de conquête plutôt diplomatique. Les conquistadores proposèrent de l’aide aux petits royaumes déjà soumis aux aztèques pour qu’ils se retournent contre leur roi Moctezuma. Quelquesfois ce processus nécessitait de courtes batailles. C’est ainsi que de contrée en contrée, les conquistadores avançaient renforçant leur armée et appauvrissaient du même fait celle de Moctezuma.

Il en fallait beaucoup plus qu’une alliance de petites villes rebelles pour faire tomber Moctezuma. C’est alors que Cortes s’adressa aux principaux ennemis des Aztèques : l’Alliance de Tlaxcala. Une seconde alliance puissante de 4 grandes cités situées à 100 km au nord de la capitale Tenochtitlan. Complètement entourée par le territoire aztèque, l’Alliance de Tlaxcala en guerres permanente depuis plus de 100 ans n’a jamais été conquise. Après de brefs combats pour tester la puissance militaire espagnole, l’Alliance de Tlaxcala décida de saisir l’opportunité d’une entente qui pourrait leur offrir une victoire définitive sur leurs voisins Aztèques.

Les Tlaxcaltèques furent de loin le contingent le plus important de l’armée de Cortés. On parle de plus de 20 000 guerriers rien que pour Tlaxcala. En arrivant à Tenochtitlan, l’armée de Cortés était colossale. Nous ne disposons pas de chiffres officiels mais les historiens l’évaluent à près de 30 000 guerriers préhispaniques. Elle était alors composée de Tlaxcaltèques, de Totonaques, de Champotones, de Huetzitingos, de Chalcos, et de Cholulos. En réalité, la contribution militaire des conquistadores était vraiment dérisoire avec seulement 900 hommes, 80 chevaux, quelques chiens, 100 fusils, et 13 canons. Les Espagnols étaient surtout les instigateurs, les organisateurs et le ciment d’entente. Lors de la prise de Tenochtitlan, la véritable force militaire coloniale était alors américaine. Un comble !

Prise de Tenochtitlan

Avec cette armée forte de plus de 30 000 hommes, Hernan Cortés pouvait enfin se diriger vers le lac de la Triple Alliance Aztèque. En arrivant aux portes de la capitale Tenochtitlan, les dignitaires espagnols furent reçus de manière diplomatique au cœur de la ville par le roi Moctezuma. Lors de cette visite et pour garantir sa propre sécurité Cortes demanda au roi d’éloigner sa garde personnelle. En gage de sa bonne foi et pour commencer les négociations, celui-ci accepta. Les conquistadores alors en surnombre dans le palais du roi saisirent cette unique occasion pour le séquestrer. À l’époque les règles militaires mésoaméricaines étaient très strictes et même parfois sacrées.

Elles étaient très respectées par toutes les tribus. Il était impensable pour les Aztèques de voir un jour un ennemi les transgresser à ce point. Lors de cet événement et d’une façon qu’il ne pouvait pas encore comprendre Cortés altéra définitivement l’équilibre de pouvoir entre les élites Aztèques. Il avait fait tomber le mythe du roi intouchable en même temps qu’il avait affaibli le seul membre de la Triple Alliance qui voulait encore la paix !

La ville était donc paralysée, sans roi, sans instruction de défense, et sans alliés manifestes. Elle était considérée comme sous occupation espagnole mais de façon temporaire. La situation avait été congelée alors qu’il n’y avait pas eu un seul combat. Les Espagnols annoncèrent même en Espagne que les Aztèques s’étaient soumis. Jugeant la situation sous contrôle, Cortés rentra à Veracruz pour un sujet d’insubordination interne. Il nomma pendant son absence Pedro de Alvarado à la tête du commandement à Tenochtitlan.

C’est durant le mois de mai, pendant les fêtes Aztèques, que l’armée de Pedro de Alvarado commit l’irréparable. Pendant la cérémonie religieuse du cinquième mois du calendrier Aztèque, toute la haute société de Tenochtitlan était réunie sur la grande place de la ville. Tous désarmés ! C’est le moment que les Espagnols choisirent pour perpétuer le plus grand massacre d’Aztèque connu à ce jour. Ils firent exécuter tous les dirigeants de la société : les nobles, les prêtres, et les officiers. Un second coup brutal avait été porté à Tenochtitlan la privant d’une partie de son armée, de sa noblesse, et de son culte. Malgré que le roi soit toujours séquestré, la guerre était bel et bien déclarée et les Mexicas pour la première fois prirent les armes contre leurs occupants. L’armée Aztèque bien plus puissante n’eut aucun mal à se défaire des colons. Le roi Moctezuma fut tué mais les Espagnols contraints à se réfugier dans le palais assiégé. Hernan Cortés de retour de Veracruz quelques jours plus tard avec 300 conquistadores n’en savait toujours rien. Les Aztèques qui ne voulaient pas avoir à combattre sur deux fronts le laissèrent même entrer dans le palais.

Plusieurs semaines plus tard, le 30 juin 1520, les conquistadores ne pouvant plus tenir le siège furent contraints d’envisager une retraite nocturne. Leur but était de se retrancher aux abords du lac. Cortés pour s’en sortir espérait que les Aztèques ne combattraient pas de nuit car c’était une règle sacrée qui jusque-là n’avait jamais été transgressée. Cependant, les Mexicas qui avaient déjà été trompés par deux fois dans le passé firent une exception. Ce fut un carnage. Les Aztèques terrés en silence laissèrent les Espagnols sortir du palais et s’engager sur la longue chaussée de Tacuba qui mène à la terre ferme. Postés en embuscade dans des centaines de canoës et sur près de quatre kilomètres, les archers aztèques pilonnèrent l’ennemi qui avançait sans défense vers la rive.

Coup de grâce, l’armée Aztèque avait pris soin de saboter la fin de la chaussée pour isoler la ville. Rejoindre la terre ferme fut très difficile pour l’armée de Cortès. Seuls ceux qui savaient nager avaient une chance. On dit que cette nuit-là, Cortés perdit la moitié de son armée dans le lac. Cet épisode, grande victoire Aztèque est connu sous le nom de la triste nuit ou « noche triste » en espagnol. C’est aussi la seule fois que les Aztèques combattirent de nuit et ce fut un grand triomphe. En essayant de fuir Tenochtitlan, la majorité de l’armée de Cortés fut anéantie. 500 conquistadores sur 900, 50 chevaux sur 80, et la moitié des Tlaxcaltèques. Très affaiblis, ce qui restait de l’armée de Cortés fit route vers Tlaxcala pour chercher protection.

Après 6 jours de marche forcée, épuisés et poursuivis par les Aztèques depuis Tenochtitlan, Hernan Cortés et ses hommes arrivèrent dans la plaine d’Otumba. Là, surprise : de nouveau une gigantesque armée Aztèque les attendait. Les récits parlent de quelques 100 000 guerriers contre seulement 400 espagnols et 3000 Tlaxcaltèques. Cette bataille d’un pour trente avait tout l’air de la fin de la conquête espagnole. En désespoir de cause et sur un coup de bluff extraordinaire, Hernan Cortès lance une attaque.

Avec la poignée d’homme et les 40 chevaux qui lui reste, c’est du suicide. Il charge droit devant sur l’étendard qu’il a repéré de loin. L’histoire ne dit pas vraiment pourquoi mais l’armée Aztèque a subitement fuit le champ de bataille. Cortés les a suffisamment côtoyés pour savoir que dans leur culture militaire, la mort du général ou la prise de l’étendard marquait la fin des combats. Il est également possible que les chevaux chargeant en bataille ouverte aient effrayé les Aztèques et créé un mouvement de panique. Quoi qu’il en soit, nous ne saurons sans doute jamais comment Cortés ce jour-là dans la plaine d’Otumba a échappé à une mort certaine. La déroute Aztèque lui laissant la voie libre pour rejoindre Tlaxcala, Cortés s’y refugia.

Après un an de rémission à Tlaxcala, et encouragé par le roi Charles Quint d’Espagne, Hernan Cortés reconstitua une armée avec ses alliés et marcha de nouveau vers Tenochtitlan. Quelques combats plus tard, cette fois-ci il décida d’assiéger la ville en 1521. La Grande Tenochtitlan avec ses quatre entrées uniques était finalement assez vulnérable aux sièges. Située sur un lac d’eau salé, il aura suffi aux conquistadores de dérouter ses aqueducs lui acheminant l’eau potable pour la faire tomber en deux mois. L’empire Aztèque se rend le 13 Août 1521.

Décryptons cette conquête. Certes beaucoup de cités contrôlées se sont retournées contre l’empire Aztèque. Également, les Tlaxcaltèques leur principal ennemi se sont joints à l’attaque. Malgré tout, nous pouvons dire aujourd’hui que l’empire aztèque est finalement tombé par la ruse. Que la malice espagnole a su faire la différence compensant leur béante carence militaire. Il est certain que le fossé culturel entre ces deux mondes et les différentes notions qu’ils avaient de la guerre ont joué un rôle prépondérant dans l’issue l’histoire. En Mésoamérique, la guerre était un mode de vie. Elle avait même un sens sacralisé. L’honneur des nations les poussaient à observer un certain nombre de règles très strictes et connues de tous. Elles avaient pour but de préserver le respect et la dignité de l’ennemi. Le respect de ces règles fondamentales par les populations préhispaniques était sans exception. Rappelons qu’avant leur alliance, les conquistadores se sont battus contre Tlaxcala. Pour l’anecdote, durant ces combats les Tlaxcaltèques apportaient des vivres aux espagnols à la nuit tombée pour reprendre le combat au petit matin. Les trois règles fondamentales de la guerre étaient : ne jamais combattre de nuit, ne jamais combattre contre un ennemi désarmé ou affamé, et fin des combats à la mort du général.

Si on regarde les faits purement historiques, Cortés a essentiellement conquis le Mexique de nuit. Les conquistadores ont séquestré le roi lors d’un entretien de négociation. Ils ont aussi exécuté la société Aztèque désarmée lors d’une cérémonie religieuse. A Otumba, ils ne s’en sortent à 1 contre 30 qu’en ciblant les généraux. Pour finir, la fin de la conquête s’est faite sur un siège affamant Tenochtitlan. Il ne fait aucun doute aujourd’hui que la capacité de Cortés à comprendre et enfreindre ces règles fondamentales a en grande partie expliqué ses surprenantes victoires militaires.

Fondation du vice-royaume

Juste après la chute de Tenochtitlan, Hernan Cortés s’autoproclame Capitaine Général de la Nouvelle Espagne pour ne pas tomber sous le commandement du Capitaine Général de Cuba. Officiellement, le Vice-royaume de la Nouvelle Espagne fut fondé quatorze ans après. Il fut littéralement édifié sur les ruines de la civilisation aztèque. En symbole, la grande pyramide du « Templo Mayor » fut démantelée et les pierres utilisées au même endroit pour la construction de la grande Cathédrale Métropolitaine de Mexico. Elle se visite encore aujourd’hui ainsi que les ruines du “Templo Mayor” qui se trouvent à côté.

La période connue sous le nom « d’époque coloniale » au Mexique commence après la chute de la Capitale Aztèque. Le territoire entier passe alors sous contrôle du Royaume d’Espagne de Charles Quint. Cette période durera presque 300 ans et culminera par la guerre d’indépendance proclamant la première république mexicaine en 1810.

Durant cette période, l’actuel territoire du Mexique est alors baptisé « Nouvelle Espagne ». C’est un Vice-royaume espagnol dirigé par un Vice-roi. Antonio de Mendoza est le premier des 63 vice-rois en 289 ans d’existence de la Nouvelle Espagne.

À cette période, la couronne espagnole contrôle un gigantesque territoire colonial lui-même composé de quatre Vice-royaumes. Au nord, celui de Nouvelle Espagne (USA, Mexique, et Amérique centrale) mais aussi plus au sud ceux de la Nouvelle Grenade (Équateur, Panama, Colombie et Venezuela), du Haut Pérou (Bolivie, Pérou, et Chili) et de la Rivière d’Argent (Argentine, Paraguay, et Uruguay).

Comme ce fut le cas pour tous les pays colonisés par le Royaume d’Espagne, le Mexique dû subir de profonds changements culturels. Reniant et ségrégant les traditions et institutions présentes, les Espagnols imposèrent aux survivants du massacre de la colonisation leur vision politique, religieuse, économique et sociale.

Expansion de la Nouvelle Espagne

Malgré que l’empire Aztèque soit considéré comme vaincu, l’expansion du vice-royaume de Nouvelle Espagne continua encore pendant de nombreuses années. Il aura d’abord fallu vaincre leur allié historique les Tlaxcaltèques. Puis partir coloniser le nord du continent et ses peuplades indiennes Chichimèques, Apaches, et Cheyennes. Au sud, ils ont dominé Zapotèques et Mixtèques. À l’est dans la péninsule du Yucatan et jusqu’au Guatemala, les espagnols finirent par contrôler ce qu’il restait de l’ancienne culture Maya après son effondrement.

Le Vice-royaume de la Nouvelle Espagne après des décennies d’expansion devint en 1794 absolument pharaonique. Pour vous l’imaginer, sa superficie faisait 12 fois celle de la France actuelle. Au nord, il s’étend sur une partie du Canada et englobe les actuels états américains de Californie, Nevada, Colorado, Utah, Nouveau Mexique, Arizona, Texas, Orégon, Washington, Louisiane et Floride. Au centre, il englobe l’actuel Mexique dans sa totalité mais aussi le Guatemala, le Belize, le Nicaragua, le Salvador, et le Costa Rica. La Nouvelle Espagne s’étend également en mer sur les îles de Cuba, République Dominicaine, Porto Rico, Trinidad et Tobago, Guadeloupe, et même en Asie Pacifique jusqu’aux archipels des Philippines, en passant par les Caroline et des îles Marianne. La nouvelle Espagne devient alors la plus grande région du globe jamais colonisée.

Organisation géopolitique

Le Vice-royaume de Nouvelle Espagne était si étendu qu’il requérait une division politique en deux unités : provinces royales et capitaineries générales. Les provinces royales étaient des subdivisions terrestres du Vice-royaume, tandis que les capitaineries générales s’étendaient sur ses territoires maritimes. Ces entités territoriales et administratives étaient régies par des « Présidents Gouverneurs », et des « Capitaines Généraux » qui étaient respectivement placés sous l’autorité du Vice-roi qui lui-même répondait au Roi via les autorités coloniales de l’Espagne Péninsulaire.

Hiérarchie raciale

La société coloniale distinguait ses citoyens sur la base d’un critère racial. Les calculs des historiens estiment qu’à partir de 1521, la population indigène avait disparue à près de 90% en seulement 100 ans. Des morts issus des massacres certes, mais surtout des maladies importées d’Europe et pour lesquelles les américains n’étaient pas immunisés. On estime par exemple que la peste est responsable de près de 60% de la disparition des habitants préhispaniques du Mexique. Nous savons aussi que la tuberculose et la vérole ont été des maladies très létales. Les quelques populations indigènes qui survécurent intégrèrent la partie basse de la nouvelle pyramide sociale. Seul les esclaves africains victimes du commerce triangulaire étaient considérés comme inférieurs. Tout en haut de de cette pyramide, les blancs provenant d’Europe, puis les blancs nés sur le territoire américain et plusieurs castes de métisses. Dans le premier temps de la colonisation, les femmes blanches n’étaient pas venues d’Europe. Il était accepté que les colons prennent une ou plusieurs femmes indigènes et qu’ils aient une descendance légitime avec elles. C’est ainsi qu’est né ce système de caste visant à donner de l’importance aux citoyens selon leur origine. En voici l’ordre.

1- Les blancs péninsulaires. Les Blancs nés en Europe étaient les propriétaires des terres. Ils étaient aussi les seuls autorisés à occuper les charges politiques.
2- Les criollos, ou « créoles » en français. Ce terme désignait les blancs nés en Amérique de deux parents blancs. Ils appartenaient à la classe sociale dominante mais ne bénéficiaient pas d’autant de privilèges que leur aïeux. Un accès modéré au pouvoir leur était quand même laissé.
3- Les mestizos ou « métisses » : Descendants de l’union d’un blanc avec une indienne. Ils ne possédaient ni terres, ni privilèges particuliers.
4- Mulatos ou « Mulâtres » : Descendants de l’union d’un blanc avec un noir.
5- Lobos ou « loup » en français : Descendants de l’union d’un métisse avec un noir.
6- Negros ou « noirs ». Esclaves originaires d’Afrique ou leur descendance.
​Ainsi les différents degrés de métissages donnaient des sous-castes. Toutes étaient référencées, avait un nom, une importance et des droits ou devoirs associés. Il y en avait plus de 30 au total : castizos, moriscos, chinos, gibaros, albarazados, cambujo etc …

Économie Coloniale

Comme sur tout le continent à l’époque, l’économie coloniale au Mexique était de type extractrice. Ce sont en fait ces extractions minérales et métalliques qui ont donné naissance aux œuvres de constructions civiles et à l’expansion agricole. Les richesses extraites des mines étaient dans leur quasi-totalité exportées en Europe via l’infrastructure portuaire atlantique de Veracruz. Des coffres arrivaient même depuis les Philippines par le port d’Acapulco situé sur le Pacifique, acheminées par la terre jusqu’au le port de Veracruz et pour finalement être dispatchés vers l’Espagne. Seule une petite partie des richesses restait sur le territoire et était instantanément réinvestie en infrastructures et forces expansionnistes.

Évangélisation

Le système de contrôle colonial a commencé par l’imposition aux populations locales de trois vecteurs culturels : langue espagnole, les habitudes de l’Espagne péninsulaires et la religion catholique. L’évangélisation a été la pièce maitresse pour obtenir la soumission des populations américaines. La religion catholique, bien plus qu’un simple culte imposait certaines normes sociales et étiques. A l’inverse des noirs qui étaient déjà esclaves et sous contrôle, il se décréta que les indigènes seraient des êtres humains. Ils pourraient donc sous certaines conditions de soumission notamment avoir un accès au paradis. C’est ainsi que grâce à la religion les Espagnols instaurèrent une normativité sociale dans laquelle les indigènes accepteraient de vivre à long terme sous la domination de l’Europe. L’Église Catholique s’instaura rapidement dans la Nouvelle Espagne en édifiant de nombreux temples littéralement sur les ruines de la culture indigène. C’est pendant cette période qu’arriva le cauchemar de la « Sainte Inquisition ».

Culture coloniale

Au fur et à mesure des 300 ans que dura l’époque coloniale, l’oppression espagnole lâchât un peu de lest. Un peu partout dans la nouvelle Espagne apparurent des phénomènes de syncrétisme autorisés. Les cultures Zapotèque, mixtèque, toltèque, maya, nahuatl et chichimèque se mélangèrent avec la culture espagnole pour donner naissance à cette société très fertile que nous connaissons aujourd’hui. Les cultes par exemple dans les petits villages étaient établis sur une base catholique mais emplies de symboles et croyances préhispaniques non contradictoires. L’éducation encore ecclésiastique était tout de même très vigilante pour ne pas laisser ressurgir quelques dissidences culturelles et religieuses trop liées à l’imaginaire précolombien.

Urbanisation et architecture

C’est pendant la colonisation que furent fondées la plupart des grandes villes d’Amérique latine. Au Mexique : Mexico, Puebla, Guadalajara, Guanajuato, Zacatecas, Morelia, Merida, Querétaro etc … Dans la grande majorité des cas, les espagnols ont appliqué le principe de table rase. C’est à dire la planification des villes avant la première construction. Souvent cette première œuvre était un monastère et en face un grand champ agricole. Ces monastères servaient notamment d’auberges pour les évangélisateurs et voyageurs de passage et leurs chevaux.

Peu à peu, les villes se sont construites, et les champs se sont couverts de pavés devenant ainsi les « places d’arme » que nous connaissons. Chaque ville, village, patelin a sa place d’arme en plein centre. C’était le seul lieu assez vaste pour regrouper tous les soldats au même endroit en cas de conflit. Aujourd’hui ces places d’arme sont encore là mais se nomment « zocalo ».

Pourquoi « zocalo » ou « socle » en français ? L’anecdote est amusante. Tout le monde connaît l’Ange de l’Indépendance à Mexico. Ce monument était initialement prévu pour trôner sur un grand socle au centre de la place principale. Malheureusement, seul son socle fut construit avant que les autorités décident d’édifier la construction autre part. Il trône aujourd’hui Rue de la Réforme (« Paséo de la Reforma »). Les habitants de Mexico moqueurs se sont mis à surnommer cette place « El Zocalo ». Petit à petit tout le pays s’est mis a appelé sa propre place principale « zocalo ». Soyez assurés que tous les Mexicains que vous croiserez connaissent les zocalos. Personne en revanche ne saura vous dire pourquoi ils se nomment ainsi. Aujourd’hui, les anciens monastères bordants ces zocalos ont été convertis en administrations publiques. Souvent des mairies : « palacios municipales » ou « estatales ».

À l’époque, il fut décidé que les rues seraient tracées sous la forme d’un quadrillage et numérotées. Cela permettra une circulation plus fluide et surtout plus de sécurité. En effet, les grandes propriétés espagnoles occupaient l’intégralité du « carré », ou en espagnol de « la cuadra ». D’où ces fameux « blocks » aux États-Unis. Pas de voisins mitoyens, donc pas de possibilité de se déplacer de toit en toit. Les maisons des nobles étaient fortifiées par des murs très large qui avaient l’avantage de garder de la fraicheur en pleine journée. Ces demeures coloniales de centre-ville sont aujourd’hui encore magnifiques. Le Mexique y consacre un effort particulier pour les garder en bon état car elles font partie du patrimoine historique et donc touristique. Leur architecture est simple et massive. A l’extérieur, un grand mur et quelques ouvertures fortifiées par des barreaux. À l’intérieur des pièces très hautes de plafond qui donnent sur une cour centrale. Carrée et semi couverte, cette cour bordée d’aches et de colonnes accueille le plus souvent une magnifique fontaine inspirée des palais aztèques.

Guerre d'indépendance et fin de la colonie

La fin de la colonie de la Nouvelle Espagne commence ironiquement en Europe. L’Espagne est envahie par la France qui destitue son roi Fernando VII. En parallèle, une énième crise économique sévit au Mexique. Après 300 ans de domination et de captation de toutes les ressources du pays, des cellules séparatistes apparaissent çà et là et se font de plus en plus influentes. La population de la Nouvelle Espagne est alors entièrement native du continent américain. Le mélange des cultures précolombienne et espagnole arrivant à maturité, il commence à remettre en cause les fondements de la domination ibérique.

Souffle alors un vent nouveau au Mexique, au moment même où l’annexion de l’Espagne fragilise la couronne et occupe ses forces militaires en Europe. Cette fenêtre offre aux séparatistes mexicains une belle opportunité pour lancer leur mouvement. C’est chose faite le 16 septembre 1810. Avant de prendre les armes, le « père » de l’indépendance Miguel Hidalgo (littéralement un curé) lance l’appel au soulèvement national dans son église et devant sa paroisse de Guanajuato. Il prononcera un long discours s’achevant par le célèbre cri: « Viva Mexico ».

Le père Miguel Hidalgo sera capturé et exécuté par les espagnols mais c’était trop tard. La révolution était lancée et ira jusqu’au bout. Cette date est toujours aujourd’hui la date de la fête nationale mexicaine. Le discours du Père Hidalgo est repris chaque année sur tous les zocalos et simultanément par le président de la république, les 32 gouverneurs et 2500 maires du Mexique.

III) Époque post-coloniale

Premier Empire

Après l’indépendance, Agustín Iturbide général indépendantiste fut nommé monarque. Il contrôlait un territoire qui correspondait à la Nouvelle Espagne. Pendant son règne très vite apparurent des élans républicains et l’empire commença à se dissoudre. D’abord par l’indépendance de Cuba, de la République Dominicaine, et des Philippines, puis par l’émancipations des provinces centre-américaines. Son règne ne durât que 3 ans.

En 1823, il dut abdiquer suite à un coup d’état et fuir vers l’Europe pour éviter la fusillade. C’est en 1924 que commença la vie républicaine de la nation par la proclamation de la Constitution Fédérale des États-Unis Mexicains.

Les deux interventions françaises

Le Mexique s’étant récemment déclaré indépendant dut faire face à deux tentatives de reconquête de la part des français alors maîtres en Espagne. La première intervention Française est aujourd’hui encore une grande fierté Mexicaine (avoir réussi a repousser les français). C’est une fierté qui contribue beaucoup à la sympathie que nous portent les Mexicains encore de nos jours. Ce conflit armé a duré plusieurs mois en 1838. On l’appelle « la guerre des gâteaux ». Il a eu lieu suite au refus mexicain de répondre favorablement à des réclamations commerciales de la part de la France. Grâce à la médiation britannique, le traité de paix se signât en contrepartie d’un payement de 600 000 pesos des autorités Mexicaines.

La deuxième intervention française fut plus longue. Elle durât de 1862 à 1867 et fut suite à un refus du président Benito Juarez de continuer à payer la dette externe du Mexique aux Français. La fin de cette guerre marquée par la célèbre bataille de Puebla instaura le second empire mexicain. Après cette lourde défaite, les troupes françaises se retirèrent inconditionnellement. En parallèle, la Prusse en Europe menaçait l’empire de Napoléon 3.

Intervention américaine

La conquête pour la liberté des Mexicains a été un long chemin semé d’embuches. Après les Espagnols et les Français, c’est au tour des Américains d’avoir des prétentions expansionnistes sur les précieuses terres Mexicaines. L’annexion des États-Unis Mexicains par les États-Unis d’Amérique est lancée en 1846. Après sa propre guerre d’indépendance, le Texas décide de s’unir aux États-Unis d’Amérique. Ceux-ci se saisirent de l’occasion pour demander au Mexique un paiement compensatoire liés aux dommages et intérêts.

Le refus du Mexique à s’exécuter lança les troupes Américaines directement vers le sud. Deux ans plus tard les conséquences sont terribles. En plus du Texas, le Mexique en 1948 perd la Californie, le Nouveau Mexique, l’Arizona, le Nevada et une partie du Colorado et de l’Utah.

Dictature du Porfiriat

Le Porfiriat, est le règne de Porfirio Díaz. Il accède à la présidence le 28 novembre 1876. Il devient alors le 22ème président du Mexique en seulement 50 ans de république. Ce personnage est emblématique au Mexique car il restera à la présidence pendant 31 ans. Durant son règne que beaucoup considèrent comme un diktat, les impressions sont mitigées. En un sens il enclencha la révolution industrielle. Sa vision politique très audacieuse développa le pays comme jamais personne n’avait su le faire auparavant. D’un autre côté au début de son règne, il réserva les terres à une minorité d’investisseurs et instaura durablement d’énormes disparités sociales.

Ce personnage haut en couleur (franc-maçon, incarcérant les journalistes) présente tout de même un sacré bilan. En seulement 30 ans, il réussit l’exploit de faire construire presque 20 000 km de voie ferrée, 70 000 km de ligne télégraphes, et porte la population du Mexique de 10 million à 15 millions d’habitants. À mainte reprise il dut faire face aux soulèvements populaires par des sanglantes répressions.

Révolution mexicaine

La célèbre révolution mexicaine désigne en fait un énième coup d’état dans l’histoire du pays. C’est l’histoire d’un peuple qui se rebelle contre trente ans dictature du « président » Porfilio Dias. Alors que la première guerre mondiale fait rage en Europe, ce sont quatre troupes armées qui arrivent à la Ville de Mexico même temps et par ses 4 points cardinaux. En 1917, c’est la fin de la révolution et la proclamation de la Constitution Mexicaine. Les quatre généraux font aujourd’hui partie des personnages illustres du pays. Il n’est pas un village au Mexique qui ne possède aujourd’hui ses rue Alvaro Obregon, Venustiano Carranza, Pancho Villa et Emiliano Zapata.

Les temps modernes

Le début de la nation moderne au Mexique commence en 1940 et s’étend jusqu’à nos jours. Ce qui est considéré comme l’Histoire Mexicaine est révolu. La nation a tiré les enseignements nécessaires de toutes les violentes étapes de son passé et est aujourd’hui à peu près apaisée. Les symboles patriotiques prennent beaucoup d’importance et sont devenu des traditions Le cri d’indépendance du 16 septembre résonne tous les ans sur tous les zocalos du pays, le drapeau mexicain porte fièrement son aigle aztèque, l’hymne national est passée toutes les semaines et simultanément sur toutes les radios. Culturellement, l’heure est à la réconciliation et le respect des traditions préhispaniques. Les aïeux des populations indigènes rurales essayent tant bien que mal de perpétuer leurs langues préhispaniques. Dommage que les jeunes en aient honte. Souvent ils migrent vers la ville pour se fondre en espagnol à la population urbaine. Beaucoup de traductions et d’écris sont assurés par les instances culturelles du gouvernement. La culture préhispanique est encore très présente, mais s’efface inéluctablement. ​

¡ Bienvenue au Mexique !